Un an après Charlie

Bernard Maris : « La recherche de la croissance infinie, une quête morbide »

En février 2013, Bernard Maris nous avait fait l’amitié de se prêter au jeu de l’interview dans le cadre du tournage du premier numéro de l’émission Déchiffrages d’Arte intitulé « La croissance à tout prix ? », réalisé avec les Films d’ici. Dans la lignée de Capitalisme et pulsion de mort1, livre qui mettait au jour les convergences entre l’œuvre de Keynes et celle de Freud et qu’il avait coécrit avec le regretté Gilles Dostaler, il nous avait exposé sa vision de l’économie, passée au prisme de la psychanalyse. La recherche de la croissance infinie et l’accumulation de la dette sont les symptômes d’une pathologie de nos sociétés capitalistes, soulignait-il, jugeant avec Keynes que celles-ci sont dépressives. Dans ce monde dominé par l’envie et la violence, Bernard Maris voyait pourtant une lueur d’espoir : une nouvelle croissance, portée par le développement des activités de recherche et de création, est possible. Dans la figure archétypale du chercheur se résout en effet le problème de l’envie : le chercheur, c’est l’homme « benevolens », c’est-à-dire bienveillant, celui qui donne (son savoir) sans le perdre. « Une belle image de l’homme de demain », concluait-il en s’interrogeant : « Et pourquoi tout le monde n’aurait pas le droit d’être un chercheur ? »

 
  • 1. Capitalisme et pulsion de mort, Gilles Dostaler et Bernard Maris, éd. Albin Michel, 2009.