Communication trompeuse

GDF-Suez, Samsung et Shell médaillés d’or du «green washing»

Siège social de Samsung en France. Les conditions de travail dans les usines chinoises des sous-traitants du fabricant de smartphones coréen sont pointées du doigt par certaines ONG. ©Denis ALLARD/REA

GDF Suez, Shell et Samsung ont remporté mardi 18 novembre, le « Prix Pinocchio du développement durable 2014 », du nom du pantin de bois italien dont le nez s’allonge à chacun de ses mensonges. Ce concours organisé par Les Amis de la Terre, en partenariat avec Peuples Solidaires et le Centre de recherche et d’information pour le développement (Crid), vise à dénoncer les plans de communication trompeurs déployés par les entreprises en matière d’environnement, de développement durable et de respect des droits humains. Les trois lauréats ont été choisis parmi neuf nominés par 61 000 internautes.

GDF Suez, des billets « verts » pour des projets flous

La compagnie française GDF Suez se voit octroyer le prix « Plus vert que vert », qui récompense l’entreprise « ayant mené la campagne de communication la plus abusive et trompeuse au regard de ses activités réelles ». En cause, une émission « d’obligations vertes » historique de 2,5 milliards d’euros en mai dernier.

L’ONG doute que ces « obligations vertes », créées par des grandes banques internationales comme Bank of America et Goldman Sachs, mais aussi BNP Paribas et Crédit agricole, servent réellement à financer des projets énergétiques durables. « Les critères censés garantir le caractère renouvelable des projets énergétiques restent flous », explique Juliette Renaud, des Amis de la Terre. Il n’existe en effet pas de définition de ce qu’est un projet énergétique durable, selon Banktrack.

L’ONG Amazon Watch craint que cette levée de capitaux serve à financer la construction d’un superbarrage controversé

L’ONG Amazon Watch craint notamment que les sommes issues de cette levée de capitaux servent à financer la construction d’un superbarrage controversé pour son impact écologique dans la région de Tabajos, au Brésil. Selon Amazon Watch, GDF Suez aurait en effet cité en exemple un autre barrage, celui de Jirau, en Amazonie, pour expliquer dans quels types de projets ils comptaient investir. Ce que le groupe a confirmé dans un courrier daté du 8 octobre adressé aux Amis de la Terre et que l’ONG a rendu public : « Concernant le projet Jirau, ce dernier a été présenté comme un exemple pour expliquer le type de projets renouvelables qui pourraient être financés avec les obligations vertes. C’est un projet hydroélectrique qui a été reconnu comme “mécanisme de développement propre” par le protocole de Kyoto. Ce qui prouve que ce projet contribue pleinement à la lutte contre le changement climatique. » Le problème, c’est que ce barrage, dont la construction est en cours d’achèvement, est également accusé d’avoir provoqué des déplacements de population et des dégâts environnementaux. Sur cet aspect, aucune précision n’a été apportée par le groupe.

Contacté par AlterEcoPlus, GDF Suez a préféré mettre une nouvelle fois l’accent sur les faibles émissions de CO2 de ses installations. « GDF est un acteur international important pour la consommation de charbon pour ses centrales électriques », pointe cependant Malika Peyraut, des Amis de la Terre. Un processus de production très polluant. Et GDF projette d’investir dans de nouvelles unités de ce type en Afrique du Sud, dans le bassin de Waterberg.

Samsung, la tête dans le sable, pour ne pas voir le travail des enfants

Le fabricant de smartphones coréen Samsung est lui aussi dans le collimateur des trois ONG. Il est en effet lauréat du prix « Mains sales, poches pleines », qui sanctionne l’entreprise qui a « mené la politique la plus opaque au niveau financier, en termes de lobbying, ou dans sa chaîne de production ». En cause, les usines chinoises de ses sous-traitants, dans lesquelles les conditions de travail seraient particulièrement difficiles. En plus d’horaires qui pourraient atteindre les 16 heures par jour, l’ONG China Labor Watch a dénoncé l’emploi d’enfants de moins de 16 ans dans les usines.

« Samsung joue la carte de l’irresponsabilité pour les conditions de travail, considérant que c’est de la responsabilité de ses sous-traitants. En revanche, sur le travail des enfants, le groupe préfère nier en mettant en avant ses propres audits », raconte Fanny Gallois, de Peuples solidaires. Selon ces enquêtes internes, aucune irrégularité n’aurait été constatée.

Selon China Labor Watch, les enfants employés dans les usines utiliseraient des cartes d’identité volées pour mentir sur leur âge

Selon China Labor Watch, les enfants employés dans les usines utiliseraient des cartes d’identité volées pour mentir sur leur âge. Les entreprises d’intérim, qui fournissent la majeure partie de la main-d’œuvre, fermeraient les yeux sur ces pratiques, de même que tous les acteurs de la chaîne de production, dont la firme coréenne.

« De temps en temps, lorsque leur image est en jeu, ils arrêtent les relations commerciales avec une usine, comme celle de Shenyang. Mais ce n’est pas non plus la solution. Ce qu’il faut c’est que les règles soient respectées », explique Fanny Gallois.

La société Samsung n’a pas donné suite à nos demandes de réaction.

Shell, vert à domicile, féru de schiste à l’extérieur

C’est dans la catégorie « Un pour tous, tous pour moi », que la compagnie pétrolière néerlandaise Shell, numéro un mondial en termes de chiffre d’affaires, s’est illustrée. Ce prix est décerné à « l’entreprise ayant mené la politique la plus agressive en termes d’appropriation, de surexploitation ou de destruction des ressources naturelles », expliquent Les Amis de la Terre.

Aux Pays-Bas, la compagnie pétrolière ne peut pas extraire de gaz et de pétrole de schiste suite à une forte opposition de la population. Mais l’ONG dénonce en particulier le fort engouement de Shell pour les gaz et pétrole de schiste à l’étranger, grâce à des concessions un peu partout dans le monde.

L’entrée du géant sur le marché ukrainien pose notamment question. En janvier 2013, un accord de 10 milliards de dollars avec le gouvernement ukrainien et l’entreprise Nadra Yuzivska LLC aurait en effet été conclu dans des conditions peu transparentes, selon Les Amis de la Terre Ukraine. Contactée, la société Shell a dit comprendre les inquiétudes suscitées par l’extraction de gaz et de pétrole de schiste, mais n’a pas souhaité commenter ses activités en Ukraine.