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Bernie Sanders vs Hillary Clinton : le pot de terre contre le pot de fer ?

Bernie Sanders et Hillary Clinton, tous deux candidats à l’investiture démocrate pour la présidentielle américaine, lors d’un débat organisé par CNN à Las Vegas. ©Mark PETERSON/REDUX-REA

Gauche « de Wall Street » contre gauche du « peuple américain » ? C’est le sens qu’essaient de donner les soutiens de Bernie Sanders à la bataille politique qui l’oppose à la favorite du camp démocrate, Hillary Clinton, dans la course à l’investiture pour la présidentielle qui aura lieu fin 2016 aux Etats-Unis. Les supporters du sénateur du Vermont mettent notamment en avant les sources de financement très différentes que les deux candidats ont reçu tout au long de leurs carrières politiques.

Ce que confirment les données fournies par la commission électorale américaine et compilées par l’organisation non gouvernementale Open Secrets. Hillary Clinton, candidate malheureuse à l’investiture face à Barack Obama en 2008, a en effet reçut depuis 1989 une grande partie de ses fonds de donateurs liés à des grandes banques d’affaires et des grands cabinets d’avocats. Tandis que Bernie Sanders, candidat de la gauche de la gauche américaine, est depuis la même année majoritairement soutenu par le monde syndical.

Goldman Sachs pour Clinton

Concrètement, d’après Open Secrets, qui fait ce travail de collecte des données pour l’ensemble des membres du Congrès, Hillary Clinton compte cinq grandes banques dont les noms sont largement associés à Wall Street parmi les plus grands pourvoyeurs de fonds qui l’ont soutenue tout au long de sa carrière politique : Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan Chase, Citigroup, et Lehman Brothers, dont la chute en 2008 a plongé l’économie mondiale dans la crise.

La candidate compte par ailleurs parmi ses 20 plus gros donateurs de nombreux grands cabinets d’avocats internationaux, ainsi que des grands groupes médiatiques comme Time Warner et 21 st Century Fox. Enfin, la plus grosse somme recueillie par Hillary Clinton est liée à une association de défense des femmes politiques qui soutiennent le droit à l’avortement, un sujet souvent débattu aux Etats-Unis.

La Silicon Valley et les syndicats pour Sanders

De son côté, Bernie Sanders a essentiellement profité tout au long de sa carrière de fonds issus du monde syndical. Sur ses 20 plus gros donateurs, on compte en effet 16 syndicats d’employés et d’ouvriers. Parmi eux, figurent le plus important syndicat d’enseignants et d’employés du service public de l’éducation, la National Education Association, qui revendique plus de trois millions de membres, ainsi que le plus important syndicat des employés de la justice américaine.

Mais c’est Alphabet, la société mère de Google, qui se place en tête des pourvoyeurs de fonds de celui qui se présente comme « socialiste ». Et Microsoft et Apple se placent respectivement en quinzième et seizième position de ce classement.

Comment fonctionne le financement de la vie politique ?

Il serait toutefois faux d’affirmer que Bernie Sanders est directement financé par Google et les syndicats, comme il serait faux de considérer qu’Hillary Clinton est directement financée par Goldman Sachs et Time Warner. Techniquement, les entreprises n’ont pas le droit de financer directement des élus ou des candidats à une élection, qu’elle soit présidentielle ou locale. La plus grande partie des dons est l’œuvre d’individus.

La majorité des fonds de Bernie Sanders proviennent des « Political Action Comitees »

Cependant, il est possible pour les grandes firmes américaines de réaliser des dons au profit de comités de soutien politique, les Political Action Comitees (PAC), dont le rôle est essentiellement de lever des fonds pour un candidat afin de l’aider ensuite dans sa campagne, en achetant de l’espace publicitaire sur des grandes chaînes de télévision par exemple, tout en exerçant une influence sur sa politique. L’ensemble des dons attribués à une entreprise par Open Secrets peut donc être le fait, soit d’un PAC, soit d’un individu qui y est affilié. Dans le premier cas, l’entreprise sollicite ses dirigeants ou ses employés pour qu’ils fassent des dons au comité qu’elle soutient. Ce sont ces comités d’action politique qui permettent aux grandes firmes d’apporter à un candidat le soutien dont il a besoin pour assurer sa victoire. Dans le deuxième cas, les individus affiliés à l’entreprise font le don directement au candidat, sans passer par un PAC.

Des carrières différentes

Il est de ce point de vue intéressant de constater que la majorité des fonds de Bernie Sanders proviennent de ces PAC (cela correspond au chiffre entre parenthèses dans l’infographie ci-dessus). Ce sont donc plus les syndicats que les salariés directement qui le soutiennent. Quant à Hillary Clinton, elle reçoit la majorité de ses fonds d’individus liés aux entreprises citées, soit qu’ils y travaillent, soit qu’un membre de leur famille y travaille. Mais les montants levés par les PAC sont assez faibles. Les données fournies ne permettent pas d’entrer dans le détail, et il est difficile de dire si les directions de ces entreprises ont joué un rôle dans la décision de leurs employés de soutenir la candidate.

Par ailleurs, il est important de prendre en compte la carrière politique des candidats lorsque l’on compare les montants des dons. Hillary Clinton a en effet déjà été candidate à l’investiture démocrate en 2008, il est donc logique que les montants qu’elle a perçus au long de sa carrière soient bien plus élevés que ceux perçus par Bernie Sanders, pour qui c’est une première. Quoi qu’il en soit, ces chiffres permettent de voir dans quelles sphères d’influence évoluent les deux concurrents.