Zone euro

L’Allemagne profite de la crise de la zone euro: depuis 2008 elle y a gagné 193 milliards d’euros

Le comportement du gouvernement allemand dans la crise grecque a surpris – et inquiété – beaucoup d’observateurs : comment se fait-il qu’il soit, avec le soutien manifeste de son opinion publique, d’aussi mauvaise volonté ? Pourquoi n’est-il prêt à aucune concession de nature à résoudre – enfin – la grave crise que traverse la zone euro depuis cinq ans maintenant ? Ne mesure-t-il pas le risque que son intransigeance fait courir non seulement à l’euro mais à la construction européenne elle-même ? Il y a cependant une explication rationnelle à ce comportement étrange : pour l'instant, la crise de la zone euro est une bonne affaire pour l’Allemagne…

Depuis 2010, Angela Merkel a refusé dans un premier temps toutes les réformes indispensables pour sauver l’euro

Cette interrogation est en fait récurrente depuis 2010 : à chaque fois, le gouvernement d’Angela Merkel a commencé par refuser catégoriquement les réformes qui étaient pourtant manifestement indispensables pour sauver l’euro. Heureusement, sauf dans l’affaire grecque (qui est loin d’être terminée), Angela Merkel a jusqu’ici fini par les accepter du bout des lèvres, à la dernière minute. Tout en les assortissant cependant de conditions toujours plus restrictives en matière de politiques budgétaires. Résultat, la crise perdure en dépit des réformes mises en œuvre à cause de l’effet récessif de ces politiques contre-productives.

Il y a beaucoup d’explications possibles à ce comportement en apparence irrationnel, notamment de caractère culturel : l’esprit moralisateur protestant… Mais il ne faut sans doute pas négliger le rôle d'un facteur objectif et bien réel : jusqu'ici, la crise de la zone euro a été en pratique une bonne affaire pour l’Allemagne. Et en particulier pour l’Etat allemand.

Une valeur refuge

Pourquoi ? Parce qu’elle fait des titres de dettes allemands une valeur refuge, ce qui, associé à la politique monétaire laxiste de la Banque centrale européenne (BCE), permet à l’Allemagne de profiter de taux d’intérêt exceptionnellement bas.

Alors que nos voisins payaient 69 milliards d’intérêts sur leur dette publique en 2008, ils ne devraient plus en payer que 48 cette année, bien que cette dette se soit accrue de 490 milliards d’euros depuis. Si les Allemands avaient dû servir cette année les intérêts de leur dette publique au taux où ils le faisaient en 2008, ils auraient dû payer au contraire 93 milliards d’euros, deux fois plus, selon les chiffres fournis par la Commission européenne.

Loin de coûter quoi que ce soit à l’Allemagne, la crise de la zone euro lui rapporte beaucoup

Au total, entre 2008 et 2015, les contribuables allemands ont donc économisé ainsi 193 milliards d’euros ! Malgré les aides apportées par l’Allemagne à la Grèce, à l’Irlande, à Chypre et au Portugal (qui ne sont en réalité que des prêts à des taux plus élevés que ceux de la dette allemande), la crise et sa poursuite sont donc une excellente affaire pour l’Etat allemand. Sans compter bien sûr qu’elle permet de résoudre le problème d'implosion démographique du pays en important les jeunes grecs, italiens, portugais, espagnols qualifiés et bien formés. Tandis que la crise et la politique monétaire laxiste de la BCE font baisser le cours de l’euro par rapport au dollar, ce qui permet à l'industrie allemande de compenser hors de la zone les exportations qu’elle perd dans la zone euro du fait de sa crise…

Pas de complot mais…

Il ne s’agit pas, bien entendu, de prétendre ici qu’existerait au sein du ministère des Finances de Wolfgang Schäuble une cellule secrète qui aurait fait ces calculs et chercherait sciemment à prolonger la crise. Mais le fait que la crise soit pour l'instant une bonne affaire pour l’Allemagne n’incite évidemment ni ses dirigeants ni son opinion publique à chercher vraiment à la résoudre…

Il ne s'agit bien sûr que d'une politique à courte vue : si la crise de la zone euro se prolonge et s’aggrave, si l’euro et la construction européenne se défont, cela aura de lourdes conséquences négatives pour l’Allemagne et son économie. A commencer par la perte de ses créances sur les autres pays européens. Mais en Allemagne, comme ailleurs, les dirigeants politiques raisonnent avant tout à court terme, l’œil rivé sur les sondages et sur la prochaine échéance électorale... 

Commentaires

BROCHIER

sans compter que l'excédent extravagant de son solde commercial n'a pas d'influence sur la parité de sa monnaie, l' euro (relativement) faible. Laquelle parité entretient ce déséquilibre ...et les exportations allemandes.

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VERMONT

Pour ma part, je trouve que l'Allemagne gère très très mal ses excédents commerciaux - financiers. Je dirais même que cette gestion est cataclysmique et manque vraiment de réflexion. L'Allemagne ferait mieux de se remettre en question au lieu de chercher un coupable dans la Grèce ! Je ne donne pas vraiment d'explication, mais c'est à bon escient car je ne vois pas l'intérêt de monter ce que l'Allemagne a gagné grâce à la baisse des taux, car tous les pays européens ont gagné quelque chose. De plus, cette baisse sera suivie hausse qui en fera pleurer beaucoup.

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VERMONT

de plus ... je ne vois pas l'intérêt, car le vrai sujet de l'Europe et de l'Euro est AILLEURS.

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