Data

Les revenus démesurés des grands patrons et des cadres dirigeants

Carlos Ghosn, PDG du groupe Renault, est le patron français le mieux rémunéré. ©Gilles ROLLE/REA

Le revenu annuel d’un grand patron représente de 600 à 1 120 années de Smic, selon les données 2014 publiées par Proxinvest dans son 17e rapport « La rémunération des dirigeants des sociétés du SBF 120 » (septembre 2015). De 8,1 millions d’euros (équivalents à 598 années de Smic) pour Jean-Paul Agon (L’Oréal) à 15,2 millions d’euros (1 122 années de Smic) pour Carlos Ghosn, patron de Renault-Nissan.

Les revenus pris en compte dans cette étude totalisent les salaires fixes, variables et/ou exceptionnels, les stock-options1 et les actions gratuites. Ils ne comprennent pas, en revanche, certains autres avantages comme ceux en nature (voitures, logements de fonction par exemple), le complément de retraite surcomplémentaire alloué à certains dirigeants de grandes entreprises notamment.

Ces revenus demeurent bien supérieurs à ce que le talent ou la compétence peuvent justifier

Ces revenus demeurent bien supérieurs à ce que le talent, l’investissement personnel, la compétence, le niveau élevé de responsabilités ou la compétition internationale peuvent justifier. Ils vont bien au-delà de ce qu’un individu peut dépenser au cours d’une vie pour sa satisfaction personnelle. Ils garantissent un niveau de vie hors du commun, transmissible de génération en génération, et permettent de se lancer dans des stratégies d’investissement personnel (entreprises, collections artistiques, fondations, etc.). Il faut ajouter que ces dirigeants disposent aussi de mécanismes de protection considérables en cas de départ forcé de l’entreprise résultant d’une mésentente avec les actionnaires, d’erreurs stratégiques ou économiques, etc.

Les PDG ne sont pas les seuls à être les mieux rémunérés. Des très hauts cadres de certaines professions ou des sportifs peuvent avoir un revenu annuel moyen astronomique : 35 années de Smic pour un sportif de haut niveau, 23 années pour un cadre du secteur de la finance, 18 années pour un dirigeant d’entreprise salarié.

Article publié en partenariat avec l'Observatoire des inégalités. Lire la version originale ici.

  • 1. Droits attribués aux salariés d’acquérir des actions de leur société sous certaines conditions, notamment avec un rabais, ce qui leur procure une plus-value quasi certaine lors de la revente.

Commentaires

Orion

La loi du marché ? Peut être ! Mais la bénédiction du président du Médef est une provocation, un affront aux salariés et aussi un pied de nez aux patrons qui réussissent aussi et dont les revenus sont beaucoup plus modestes ! Un message du type " Vous les petits patrons, vous restez des minables !"

Signaler

Coquart

Ces rémunérations sont littéralement de la provocation (un pied de nez à tout le monde : ça procède en fait d'une "stratégie" d'humiliation ou d'écrasement) mais d'une certaine manière elles sont dans la logique des niveaux de rémunération différenciés selon le mérite, la compétence, etc. qui est à l'oeuvre partout, à tous les niveaux. Les expériences de rémunérations égalitaires ont échoué. Pourquoi ? Quelle est la logique qui préside à la différenciation des rémunérations donnée comme nécessaire/inévitable une fois récusés tous les arguments liés à la pseudo productivité personnelle, etc., etc., justifiée par un contexte de concurrence généralisée inter-personnelle, inter-entreprises et inter-Etats ? La solution proposée par Rawls selon laquelle la différenciation est acceptable si les "grands" répartissent une partie de leur richesse aux "petits" est-elle satisfaisante ?

Signaler

Pages