Parentalité

Le coût de l’enfant

Xavier Molénat

25/09/2015

Le coût annuel moyen pour la société d’un enfant de moins de 20 ans peut être évalué à 29 700 euros. REA

Un enfant, ça n’a pas de prix, mais ça a un coût. Un coût pour les familles, qui doivent acheter les biens (vêtements, alimentation…) et accomplir les tâches parentales et domestiques nécessaires à son entretien et à son éducation. Un coût pour les politiques publiques également, qu’il s’agisse du versement d’allocations familiales, de remboursements de frais de santé ou encore du fonctionnement des crèches et des établissements scolaires. Quelle somme l’ensemble de ces dépenses représente-t-il ? C’est ce qu’a tenté de mesurer l’économiste Antoine Math. Selon ses calculs, « le coût annuel moyen pour la société d’un enfant de moins de 20 ans peut être évalué à 29 700 euros », soit 595 000 euros pour ses vingt premières années d’existence.

Le travail domestique et parental représente 39 % de ces dépenses, soit 189 milliards d’euros en 2012 (11 700 euros par enfant). Cette somme correspond à la valorisation au niveau du Smic du temps passé aux seuls soins matériels des enfants (6,9 milliards d’heures en 2010) et d’une fraction du temps consacré aux tâches domestiques (cuisine, vaisselle, ménage…). Les dépenses publiques sont à peine inférieures à ce montant : 181 milliards d’euros en 2012.

Le travail domestique et parental représente 39 % du coût de l’enfant

Plus de la moitié de ces dépenses (100 milliards d’euros) est consacrée à l’éducation, le reste étant notamment composé de dépenses de santé (10 %) et de versements d’allocations (18 %). Antoine Math précise que si l’on y ajoutait (ce qu’il n’a pas fait) une fraction du coût du fonctionnement général des administrations (police, justice, transports…) correspondant à la proportion des moins de 20 ans dans la population totale (24,7 %), les dépenses publiques qui leur sont dédiées augmenteraient de 44 milliards d’euros.
Enfin, 23 % du coût de l’enfant sont constitués par les dépenses de consommation de biens et de services par les ménages, soit 9 000 euros par enfant et par an en moyenne (7 500 euros avant 14 ans, 12 500 euros au-delà).

Un important manque à gagner pour les femmes

Cette évaluation se veut restrictive : elle ne prend pas en compte par exemple le « manque à gagner » des parents en termes de salaire et de retraite lié aux interruptions de carrière, au passage à temps partiel pour concilier travail et famille… Dans une autre étude, Antoine Math a tenté d’évaluer ce que représentait ce coût indirect de l’enfant pour les femmes. Faisant l’hypothèse radicale que « toutes les inégalités entre hommes et femmes sur le marché du travail (...) peuvent in fine être ramenées à la maternité et aux responsabilités parentales, y compris pour les femmes sans enfant », l’économiste estime que le manque à gagner pour les femmes d’âge actif représentait entre 271 et 296 milliards d’euros en 2012 (cotisations salariales incluses), soit 16 000 à 17 000 euros bruts par an en moyenne pour chaque femme âgée de 20 à 60 ans.

Cette somme serait celle qui leur reviendrait si, d’une part, leur rémunération était égale à celle des hommes (alors qu’elle est actuellement inférieure de 27 % à 30 % selon le mode de calcul) et si, d’autre part, leur taux d’emploi était aussi élevé que celui de leurs homologues masculins (alors qu’il était inférieur de 8 % en 2012). Par ailleurs, concernant les pensions de retraite, Antoine Math estime, selon les mêmes principes, le coût de l’enfant à 6 000 euros par femme retraitée, soit 55 milliards d’euros au total. Un coût qui, selon le chercheur, « serait bien plus important sans les mécanismes de redistribution internes aux systèmes de retraite et les pensions de réversion » qui atténuent les inégalités femmes-hommes.

Le coût invisible des tâches domestiques et parentales

Les hypothèses sur lesquelles reposent ces évaluations sont naturellement discutables. Néanmoins l’ordre de grandeur du coût de l’enfant qu’elles révèlent ne manque pas de surprendre. Antoine Math souligne à cet égard que les moins de 20 ans représentent un « fardeau » légèrement plus important que celui des plus de 60 ans (22,5 % du PIB pour les premiers, 20,8 % pour les seconds), qui est pourtant source de toutes les angoisses.

Les moins de 20 ans représentent pour la collectivité un « fardeau » légèrement plus important que celui des plus de 60 ans

Cela s’explique, selon le chercheur, par la différence de structures de ces dépenses : celles des seniors (les retraites en premier lieu) sont nettement plus socialisées. A l’inverse, près de 40 % du coût de l’enfant sont représentés par les tâches domestiques et parentales, autrement dit un travail non rémunéré et, de ce fait, largement rendu invisible – et d’autant qu’il est aux trois quarts assuré par les femmes qui, sans surprise, sont les grandes perdantes de l’histoire.

Resterait néanmoins à approfondir cette tentative d’évaluation du coût de l’enfant. Le Haut Conseil de la famille soulignait, dans un rapport paru cet été, le manque de connaissances sur les variations de ce coût selon l’âge de l’enfant, le lieu d’habitation, la situation conjugale, etc. Une ignorance étonnante étant donné les enjeux économiques que représente l’éducation de notre « chère » progéniture.

Xavier Molénat
Pour en savoir plus: 

Antoine Math, Revue de l'IRES, 2014/4

Rapport du Haut Conseil à la Famille, juillet 2015