Biodiversité marine

Méditerranée: le nouveau far west pétrolier?

Pascal Canfin Directeur exécutif du WWF France

40 % de la superficie de la Méditerranée couverts par de l’exploitation de gaz et de pétrole ? Ce n’est pas un scénario de science-fiction mais le résultat inédit d’une étude publiée ce mardi 19 janvier par le WWF et portant sur l’avenir de la Grande bleue. 20 % de sa surface sont déjà ouverts aux permis de recherche d’hydrocarbures. Et 20 % supplémentaires risquent fort de s’y ajouter selon l’analyse des politiques publiques actuellement menées par les pays riverains.

L’étude Medtrends est la première à analyser le développement de dix secteurs économiques clés (tourisme, pêche, aquaculture, transport maritime, énergie…) et à regarder ce qui se passera en 2030 si les tendances actuelles se poursuivent. En 2030, la Grande bleue, plus vaste mer semi-fermée au monde, sera en burn out ! La réponse est simple : la Grande bleue, plus vaste mer semi-fermée au monde, sera en burn out ! Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 200 millions de touristes supplémentaires par rapport à 2011, 5 000 km de littoraux artificialisés de plus en 2025 par rapport à 2005, une augmentation de la production d’aquaculture de 112 % d’ici 2030, etc. Par conséquent, l’objectif de bon état écologique des eaux fixé par l’Union européenne pour 2020 n’a aucune chance d’être atteint si ces tendances se confirment.

L’étude met en évidence l’absence totale de planification stratégique de la Méditerranée. Or de nombreux conflits sont à prévoir entre les activités économiques et les objectifs écologiques, mais aussi entre les différentes activités économiques. Difficile d’imaginer que la Grande bleue reste à la fois la première destination touristique au monde et que sa superficie soit à 40 % recouverte de plateformes pour extraire des hydrocarbures et toutes sortes de minerais ! Même si la baisse récente du prix du pétrole va certainement ralentir les ardeurs des foreurs, imaginez les impacts d’une marée noire dans cette mer semi-fermée !

Quant à la nature et aux espèces marines, elles sont, comme souvent, les premières victimes du far west qu’est devenue la Grande bleue. Le golfe du Lion, par exemple, à cheval sur la France et l’Espagne, est une des zones reconnues comme les plus riches sur le plan de la biodiversité et où les permis d’exploitation d’hydrocarbures se sont multipliés.

Enfin, les conflits risqueraient fort de ne pas être qu’économiques. Car la ruée vers l’or noir offshore au large de la Libye, du Liban, d’Israël ou de l’Egypte constituera un facteur de multiplication des tensions.

Pour éviter ce sombre scénario, le WWF propose d’abord d’arrêter toute nouvelle exploration d’hydrocarbures

Pour éviter ce sombre scénario, le WWF propose d’abord d’arrêter toute nouvelle exploration d’hydrocarbures dans la Méditerranée, en cohérence avec les engagements pris par les Etats lors de la COP21. Au-delà, il faut que l’Union européenne se dote d’un outil de planification stratégique des activités économiques en Méditerranée. La directive de planification de l’espace maritime existe certes depuis juillet 2014, et c’est un progrès qu’il faut souligner, mais elle n’est pas encore en application. Enfin, alors qu’elle ne représente que 1 % de la totalité de la surface des mers du monde, la Méditerranée héberge autour de 10 % de la biodiversité marine mondiale. Et pourtant, seuls 3 % de sa superficie sont protégés, alors que l’engagement est de parvenir à 10 % en 2020.

Les mesures pour éviter le burn out de notre Méditerranée sont connues. C’est maintenant qu’il faut les prendre.