Appel

Ensemble, remettons la réduction du temps de travail au cœur du débat public

Alternatives Economiques

03/05/2016

La France compte actuellement 6,5 millions d'inscrits à Pôle emploi, 2,8 millions de plus qu'en 2008. Le chômage de masse mine depuis longtemps déjà la société hexagonale, mais ce fléau a pris une ampleur sans précédent ces dernières années. Il y a urgence à réagir.

L'activité a certes repris depuis 2015 et elle pourrait accélérer encore un peu avec des politiques économiques plus dynamiques en Europe. Mais avec la crise écologique qui s'aggrave, les perspectives de croissance sont limitées et le resteront. De plus, la révolution numérique et la robotisation pourraient bien, elles aussi, menacer de nombreux emplois. Il n'y a donc quasiment aucune chance que l'évolution spontanée de l'économie permette de faire reculer le chômage à un rythme suffisant pour éviter les risques d'explosion auxquels la société française est confrontée aujourd'hui.

Si on veut éviter la paupérisation des travailleurs tout en faisant reculer rapidement le chômage, il faut « travailler moins pour travailler tous et mieux »

D'autres pays affichent cependant un taux de chômage plus faible que la France. Le plus souvent ce résultat est atteint grâce à un vaste secteur de « travailleurs pauvres », via une croissance massive du travail à temps partiel féminin et un retour en force du travail indépendant. Ces personnes occupent certes un emploi, mais n'en ont pas moins les plus grandes difficultés à se loger, à se soigner, à éduquer leurs enfants… Bref, à mener une vie décente. Ces politiques creusent de plus les inégalités entre riches et pauvres et les écarts entre hommes et femmes.

Si on veut éviter ces écueils tout en faisant reculer rapidement le chômage, il faut « travailler moins pour travailler tous et mieux ». Au tournant des années 2000, le passage aux 35 heures hebdomadaires avait eu un effet très positif sur l'emploi et l'activité, malgré certaines difficultés dans sa mise en oeuvre, notamment en matière d'intensification du travail. Il faut d'urgence reprendre ce chemin, même s'il faut probablement s'y prendre autrement, et notamment ne plus raisonner seulement sur le temps de travail hebdomadaire.

Nous avons pleinement conscience de la difficulté de l'exercice tant en termes de financement que d'organisation des entreprises, mais cette question doit revenir au coeur du débat public. Non seulement pour réduire le chômage, mais aussi pour reprendre la marche en avant du progrès social et sociétal, en favorisant des modes de vie plus équilibrés et plus respectueux de l'environnement. Nous vous demandons de nous y aider en portant vous aussi ce débat sur votre lieu de travail, dans vos collectivités, vos syndicats, vos partis, vos associations… Il en va de l'avenir de notre démocratie et de notre modèle social.

Liste des signataires :

  • Sarah Abdelnour (sociologue, chercheuse associée à l'Irisso)
  • Michel Abhervé (professeur associé à Paris Est-Marne-la-Vallée)
  • Yacine Aït Kaci (artiste)
  • Claude Alphandéry (président d'honneur de France active et du Labo-ESS)
  • Pouria Amirshahi (député des Français de l'étranger)
  • Gérard Aschieri (Syndicaliste FSU)
  • Danielle Auroi (député EELV du Puy-de-Dôme, présidente de la Commission des affaires européennes)
  • Clémentine Autain (porte-parole d'Ensemble)
  • Alexis Bachelay (député PS des Hauts-de-Seine)
  • Guillaume Balas (député européen PS)
  • Philippe Ballot (archevêque de Chambéry)
  • Serge Bardy (député PS du Maine et Loire)
  • Francine Bavay (haut fonctionnaire)
  • Julien Bayou (porte-parole d'EELV)
  • Rémi Bazilier (économiste, fondateur d'Ecolinks)
  • Romain Beaucher (consultant)
  • Simon Besnard (président du MRJC)
  • Sophie Bessis (historienne et journaliste)
  • Eric Beynel (cosecrétaire général de l'Union syndicale Solidaires)
  • Martin Bontemps (vice-président de l'Unef)
  • Andreas Botsch (syndicaliste, conseiller du président du DGB allemand)
  • Jean-Yves Boulin (sociologue, chercheur associé à l'Irisso)
  • Kheira Bouziane (députée PS de Côte-d'Or)
  • Alain Caillé (rédacteur en chef de La revue du Mauss)
  • Fanélie Carrey-Conte (députée PS de Paris)
  • Jean-Pierre Chanteau (économiste, université Grenoble-Alpes)
  • Jean-Paul Chanteguet (député PS de l'Indre)
  • Filippa Chatzistavrou (avocate et politologue)
  • Denis Clerc (économiste, fondateur d'Alternatives Economiques)
  • Hadrien Clouet (doctorant en sociologie)
  • Yves Cochet (ancien ministre de l'Environnement)
  • Daniel Cohn Bendit (ancien député européen)
  • Christian Coméliau (économiste)
  • Laurent Cordonnier (économiste, université de Lille)
  • Benjamin Coriat (économiste, université Paris 13)
  • Marthe Corpet (trésorière de l'Unef)
  • Thomas Coutrot (économiste)
  • Ronan Dantec (sénateur EELV de Loire-Atlantique)
  • Francis Danvers (vice-président de l'université Populaire de Lille)
  • Olivier Dartigolles (porte-parole du PCF)
  • Sylvain David (professeur de sciences économiques et sociales)
  • Jean-Baptiste de Foucauld (ancien commissaire au Plan)
  • Caroline De Haas (militante féministe, cheffe d'entreprise)
  • Joël Decaillon (syndicaliste, vice-président du Lasaire)
  • Hervé Defalvard (professeur à l'université de Marne-la-Vallée)
  • Karima Delli (députée européenne EELV)
  • Didier Demazière (sociologue du travail)
  • Jean Desessard (sénateur EELV de Paris)
  • Marie Desplechin (écrivaine)
  • François Desriaux (rédacteur en chef de Santé et Travail)
  • Benjamin Dessus (ingénieur et économiste)
  • Josépha Dirringer (juriste, membre du groupe de recherche pour un autre code du travail)
  • Cécile Duflot (députée EELV de Paris, ancienne ministre)
  • Marc Dufumier (professeur émérite à l'AgroParisTech)
  • Jacques Dughera (militant associatif et syndical)
  • Antoine Dulin (représentant des organisations de jeunesse au Cése)
  • Pascal Durand (député européen EELV)
  • Christine Durieux (maître de conférences en économie, université Grenoble Alpes)
  • Marie Duru-Bellat (sociologue)
  • Nicolas Duvoux (professeur de sociologie à Paris 8)
  • Guillaume Etiévant (Secrétaire national du Parti de Gauche à l'économie et au travail)
  • Anne Eydoux (chercheuse au Centre d'études de l'emploi)
  • Eric Favey (vice-président de la Ligue de l'enseignement)
  • Sacha Feierabend (secrétaire générale de l'Unef)
  • David Flacher (économiste, université Paris 13)
  • Cynthia Fleury (philosophe)
  • Fabrice Flipo (maître de conférences en philosophie)
  • Christophe Fourel (président de l'Association des lecteurs d'Alternatives Economiques)
  • Yann Fradin (directeur général d'une association d'insertion)
  • Jacques Freyssinet (économiste, professeur émérite Paris 1)
  • Jean Gadrey (économiste, professeur émérite Lille 1)
  • Corinne Gaudart (ergonome)
  • Vincent de Gaulejac (sociologue)
  • Bernard Gazier économiste, professeur émérite Paris 1)
  • François Gèze (éditeur)
  • Pierre-Nöel Giraud (économiste, professeur à Mines Paris-Tech et Dauphine)
  • Alain Godard (chef d'entreprise et administrateur de sociétés)
  • Daniel Goldberg (député PS de Seine-Saint Denis)
  • Carole Gondard Lalanne (cosecrétaire générale de l'Union syndicale Solidaires)
  • Régis Granarolo (président du MUNCI, entrepreneur)
  • Laurent Grandguillaume (député PS de la Côte-d'or)
  • Alain Grandjean (économiste, fondateur de Carbone 4)
  • Bernadette Groison (secrétaire générale de la FSU)
  • Chantal Guittet (députée PS du Finistère)
  • Benoît Hamon (député PS des Yvelines, ancien ministre)
  • Jean-Marie Harribey (économiste, coprésident du conseil scientifique d'Attac)
  • Pierre Héritier (syndicaliste, fondateur du Lasaire, vice-président du Forum syndical européen)
  • Eric Heyer (économiste)
  • Michel Husson (économiste, chercheur à l'Ires)
  • Sabina Issehnane (économiste, membre du CA des économistes atterrés)
  • Yannick Jadot (député européen EELV)
  • Florence Jany-Catrice (économiste, université Lille 1)
  • Arthur Jatteau (doctorant en économie et en sociologie)
  • Antoine Jeammaud (juriste, professeur émérite Lumière Lyon 2)
  • Rémy Jeannin (professeur de sciences économiques et sociales)
  • Thierry Jeantet (président du think tank Mars)
  • Wojtek Kalinowski (codirecteur de l'Institut Veblen)
  • Pierre Khalfa (coprésident de la Fondation Copernic)
  • Chaynesse Khirouni (députée PS de Meurthe-et-Moselle)
  • Michel Lallement (sociologue, professeur au Cnam)
  • Aurore Lalucq (codirectrice de l'Institut Veblen)
  • Bruno Lamotte (économiste, université de Grenoble Alpes)
  • Bruno Lamour (président du Collectif Roosevelt)
  • Dany Lang (économiste)
  • Bernard Laponche (économiste, expert en politiques de l'énergie)
  • Pierre Larrouturou (économiste, coprésident de Nouvelle Donne)
  • Elena Lasida (économiste)
  • Pierre Laurent (secrétaire national du PCF)
  • Germain Lefebvre (président de la scop Oxalis)
  • Arnaud Lelache (chef d'entreprise)
  • Daniel Le Scornet (mutualiste)
  • Lila Lebas (déléguée générale de l'Unef)
  • Arnaud Lechevalier (économiste, maître de conférences à Paris 1)
  • Philippe Légé (économiste, maître de conférences à l'université de Picardie)
  • Emeric Lendjel (économiste, maître de conférences à Paris 1)
  • Frédéric Lerais (économiste)
  • Marie-Noëlle Lienemann (sénatrice PS de Paris)
  • Pascal Lokiec (juriste, professeur à Paris Ouest-Nanterre-La Défense)
  • Benjamin Lucas (président du MJS)
  • Edouard Martin (député européen PS)
  • William Martinet (président de l'Unef)
  • Philippe Martinez (secrétaire général de la CGT)
  • Christiane Marty (chercheuse, membre du conseil scientifique d'Attac et de la Fondation Copernic)
  • Serge Mas (économiste)
  • Gustave Massiah (économiste)
  • Antoine Math (chercheur à l'Ires)
  • Emmanuel Maurel (député européen PS)
  • Dominique Méda (sociologue, professeure des universités)
  • Michel Mousel (président de l'Institut tribune socialiste)
  • Pierre-Alain Muet (député PS du Rhône)
  • Claude Neuschwander (consultant)
  • Jean-Luc Outin (économiste, membre de l'Onpes)
  • Bruno Palier (directeur de recherche au CNRS, Sciences-Po)
  • Arnaud Parienty (professeur de sciences économiques et sociales)
  • Laure Pascarel (Porte-parole du mouvement Utopia)
  • Dominique Paucard (Syndex, responsable du pôle restructurations)
  • Christian Paul (député PS de la Nièvre)
  • Jean-Marie Perbost (journaliste chez Ask Média et enseignant)
  • Bernard Perret (socio-économiste)
  • Camille Peugny (maître de conférences en sociologie)
  • Claire Pignol (historienne de la pensée économique à Paris 1)
  • Nicolas Pinsard (doctorant en économie à Paris 13)
  • Dominique Plihon (économiste)
  • Philippe Pochet (professeur à l'Université catholique de Louvain)
  • Jean-Claude Pons (maire de Luc-sur-Aude)
  • Thomas Porcher (économiste)
  • Jean-François Poupard (directeur de Syndex)
  • Nicolas Postel (économiste, université de Lille 1, secrétaire de l'Afep)
  • Emmanuelle Puissant (économiste, université de Grenoble)
  • Gilles Raveaud (économiste, université Paris 8)
  • Denys Robiliard (député PS du Loir-et-Cher)
  • Michel Rocard (ancien Premier ministre)
  • Barbara Romagnan (députée PS du Doubs)
  • Maria Roubtsova (doctorante en économie à Paris 13)
  • Guy Roustang (chercheur en économie et sociologie du travail)
  • Eva Sas (députée EELV de l'Essonne)
  • Lucile Schmid (vice-présidente de la Fondation de l'écologie politique)
  • Dominique Sicot (journaliste)
  • Camille Signoretto (chercheuse au Centre d'études de l'emploi)
  • Gabrielle Siry (secrétaire nationale du PS à l'économie)
  • Laura Slimani (présidente des Jeunes socialistes européens)
  • Richard Sobel (maître de conférences en économie à Lille 1)
  • Olivier Szulzynger (éditeur et scénariste)
  • Dominique Taddéi (économiste)
  • Pierre Tartakowsky (journaliste et militant associatif)
  • Bruno Théret (directeur de recherche émérite au CNRS)
  • Fabien Verdier (secrétaire national du PS pôle production et répartition des richesses)
  • Denis Vicherat (éditeur, éditions Utopia)
  • Patrick Viveret (philosophe)
  • Claire Vivés (chercheuse au Centre d'études de l'emploi)
  • Serge Volkoff (statisticien, directeur de recherche au Centre d'études de l'emploi)
  • Pierre Volovitch (ancien chercheur)
  • Dominique Voynet (ancienne ministre)
  • Philippe Watrelot (professeur de sciences économiques et sociales)
  • Michel Wieviorka (sociologue)
  • Jean-Pierre Worms (sociologue)
  • Muttiah Yogananthan (chef d'entreprise)

 

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Alternatives Economiques

Commentaires

JEANNARD

Tout en appouvant globalement ce manifeste, je ne peux m'empêcher de trouver presque insultant pour les habitants des départements français d'outre-mer le passage suivant au début: "Le chômage de masse mine depuis longtemps déjà la société hexagonale," En effet, dans les DOM, le chômage est en moyenne deux fois plus important que dans l'hexagone et à Mayotte, la durée légale du travail est toujours de 39 heures/semaine

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Guillaume Duval

Bonjour. Il s'agissait d'éviter une redite avec française mais vous avez raison le terme est trop restrictif. On essaiera de faire attention la prochaine fois.

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orion

Où signer ?

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Mathieu SAUZAY

Pourquoi pas ici ?

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Orion

Ce manifeste parait d'une parfaite logique. Ceux qui parlent du "travailler plus" confondent habilement nombre total d'heures travaillées en France et durée individuelle du travail..Mais augmenter la durée hebdomadaire de travail va surcharge ceux qui travaillent et diminuer l'offre pour ceux qui sont sans emploi. Compte tenu de la productivité horaire qui s'accroit, on pourrait proposer par exemple soit 2h en moins par semaine sans changement de salaire (soit une augmentation de 2.85%) soit une baisse de 4h avec une baisse de 2.85 % du salaire.

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Bernard GARRIGUES

Faudrait prendre conscience que si le système chômage s"est dégradé au fur et à mesure que le système travail croissait en quantité d'équivalent temps plein, c'est qu'il existe une faute d'analyse quelque part. Les deux systèmes sont évidemment imbriqués, réagissent l'un sur l'autre mais sûrement pas comme nous le croyons majoritairement : ils n'obéissent pas à la même logique.

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GUITTET Chantal , députée du Finistere

Pour une société solidaire, une répartition plus juste des richesses et donc du travail est nécessaire. Je partage votre analyse.

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Guillaume

Merci à vous ;-)

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Yves Vermont

On oublie en général de rappeler qu'une société inégalitaire croit moins vite (ou décroit plus vite) qu'une société où l'on ne laisse personne sur le bord de la route. Plus d'égalité favorise une croissance qu'il faut de plus espérer durable.

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