Tribune

L’austérité a échoué: la lettre ouverte de cinq économistes à Angela Merkel

Thomas Piketty et al.

10/07/2015

L’interminable austérité que l’Europe fait ingurgiter au peuple grec ne marche tout simplement pas. La Grèce a bruyamment signalé qu’elle en avait assez.

Conformément à ce que la plupart avaient prédit, les exigences financières de l’Europe ont écrasé l’économie grecque, entraîné un chômage de masse et un effondrement du système bancaire, et rendu la crise de la dette bien plus grave, celle-ci s’envolant jusqu’à un niveau impayable, 175 % du PIB. L’économie est maintenant brisée, avec des recettes fiscales en chute libre, une production et un taux d’emploi dépressifs et des entreprises sous-financées.

Le traitement prescrit par le ministère allemand des Finances et Bruxelles a saigné le patient sans soigner la maladie

L’impact humanitaire a été colossal : 40 % des enfants vivent à présent dans la pauvreté, la mortalité infantile explose et le chômage des jeunes avoisine les 50 %. La corruption, l’évasion fiscale et la mauvaise tenue des comptes des précédents gouvernements grecs ont aidé à créer le problème de la dette. Les Grecs se sont conformés en grande partie à la demande d’austérité de la chancelière allemande Angela Merkel (réduire les salaires, réduire les dépenses publiques, tailler dans les retraites, privatiser et déréguler, augmenter les impôts). Mais la série de soi-disant programmes d’ajustement infligés ces dernières années aux semblables de la Grèce n’a servi qu’à engendrer une grande dépression d’une ampleur jamais vue en Europe depuis celle des années 1929-1933. Le traitement prescrit par le ministère allemand des Finances et Bruxelles a saigné le patient sans soigner la maladie.

Corriger cette trajectoire

Collectivement, nous pressons la Chancelière Angela Merkel et la troïka d’envisager une correction de trajectoire, afin d’éviter un désastre plus important encore, et pour permettre à la Grèce de rester dans la zone euro. A l’heure actuelle, il est demandé au gouvernement grec de se mettre un pistolet contre la tempe et de presser la gâchette. Malheureusement, la balle ne fera pas que tuer le futur de la Grèce en Europe. Les dommages collatéraux anéantiront la zone euro comme symbole d’espoir, de démocratie et de prospérité, et pourraient entraîner des conséquences économiques de vaste ampleur à travers le monde.

Il est demandé au gouvernement grec de se mettre un pistolet contre la tempe et de presser la gâchette

Dans les années 1950, l’Europe a été construite sur l’effacement des dettes passées et notamment celle de l’Allemagne, ce qui a massivement contribué à la croissance économique et à la paix d’après-guerre. Aujourd’hui, nous devons restructurer et réduire la dette grecque, donner à l’économie de la place pour respirer et se reconstruire, et autoriser la Grèce à étaler dans le temps le règlement d’un fardeau de la dette allégé. Il est maintenant temps de faire preuve d’humanité et de repenser le programme d’austérité punitif de ces dernières années, et de s’accorder sur une réduction majeure des dettes de la Grèce, combinée à des réformes ô combien nécessaires en Grèce.

Notre message à la Chancelière Angela Merkel est clair ; nous vous demandons instamment de faire cette démonstration vitale d’autorité et de responsabilité, pour la Grèce, pour l’Allemagne et également pour le monde. L’Histoire se souviendra de vous pour vos actions de cette semaine. Nous attendons de vous l’énonciation de mesures audacieuses et généreuses envers la Grèce, qui rendront service à l’Europe pour les générations à venir.

Sincères salutations,

Heiner Flassbeck, ancien secrétaire d’Etat après du ministre allemand des Finances

Thomas Piketty, professeur d’économie à l’Ecole d’économie de Paris

Jeffrey D. Sachs, professeur de développement durable, professeur de politique et gestion de la santé, et directeur de l’Earth Institute à l’Université Columbia

Dani Rodrik, professeur d'économie politique internationale à la John F. Kennedy School of Government de l'Université Harvard

Simon Wren-Lewis, professeur de politique économique à la Blavatnik School of Government de l’Université d’Oxford

Traduit de l'anglais par Anouch Missirian

Thomas Piketty et al.

Commentaires

VERMONT Yves

Merci à T. Piketty de se démener comme un beau diable pour la BONNE cause. Je regrette que notre dernier prix Nobel d'économie ne monte pas au créneau. Je propose donc rebaptiser le prix de Stockhom, prix nobel d'économie politique. Il est sûr que notre Nobel précédent aurait trouvé le terrain à sa mesure. Qu'en penses-tu Maurice ? Ton caractère que beaucoup ont traité de mauvais caractère t'a trahi! Je propose qu'on te redonne la parole.

En redescendant sur notre basse terre, je pense qu'il est préférable d'éviter d'annuler la dette de la Grèce, mais de parler de restructuration de la dette. C'est un terrain de contournement où tout le monde peut se retrouver. 50 ans pour rembourser ? Ca devrait passer

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Brigitte

Je soutiens ce texte, absolument. Ce qui est demandé au peuple grec me semble immonde! Bon courage à eux pour réagir.

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